Genève 15.04.04
M. Mohamed Sidati, membre de la Direction du Front Polisario, Ministre délégué pour l'Europe, de passage à Genève en raison de la manifestation qui aura lieu le 16 avril sur la Place des Nations, a animé une conférence de presse au Palais des Nations Unies à Genève en présence, notamment, de Mme Christiane Perregaux, professeur à l'Université Uni-Mail de Genève, Mme Verena Graf, responsable de la Ligue Internationale pour le Droit et la Libération des Peuples (LIDLIP), Mme Ines Miranda Navarro, membre de la Commission des droits humains du Conseil général des barreaux d'Espagne.
Tout au long du débat qui a duré plus de deux heures, le Ministre sahraoui a longuement parlé des épreuves endurées par le peuple sahraoui au cours de son long combat légitime et sans relâche pour la conquête de sa liberté et de son indépendance. Lors de son exposé M. Sidati a évoqué les récents développements du Plan de paix qui, a t-il indiqué, ont évolué en dents de scie ce qui a suscité parfois des espoirs et accumulé des déceptions.
Sachant pertinemment que le Plan Baker est bien en deça du Plan de 1991, le peuple sahraoui a consenti un grand sacrifice en l'acceptant, persuadé que son application aboutira inéluctablement à un référendum d'autodétermination dont l'issue est certainement l'indépendance, raison pour laquelle, poursuit le Ministre, le Maroc imprima, tout d'abord à ce Plan un temps d'arrêt avant de recourir aux subterfuges et autres alternatives -sans issue- qui lui permettraient une occupation programmée du territoire.
Le Plan de paix, a ajouté M. Sidati est l'objet d'un consensus international et des avancées notables ont été réalisées pour sa mise en application, mais le Maroc, comme pour toutes les initiatives de paix prises antécédemment par la Communauté internationale, est revenu sur ses engagements pour poursuivre sa rébellion et sa guerre d'usure à l'encontre de cette même Communauté internationale.
A l'approche de la date fatidique et l'expiration du délai octroyé par le Conseil de sécurité au Maroc pour communiquer sa réponse définitive au Plan Baker, les Nations Unies sont, a dit le Ministre sahraoui, comptables de l'attitude du Maroc. Elles ont les moyens de ramener le Maroc à la légalité et, partant résoudre ce conflit si elles en ont la réelle volonté. Pourquoi l'on nous répète sans cesse la nécessité de s'en tenir à la légalité internationale pour résoudre le conflit du Proche Orient, celui de l'Iraq ou d'autres conflits alors que cette même légalité est foulée au pied quand il s'agit du conflit du Sahara Occidental s'est interrogé M. Sidati.
Je nourris la crainte, a souligné le Ministre sahraoui, que le Maroc persistera dans la voie de l'obstruction du Plan de paix, mais quelles ques soient les frustrations au cours de ses longues années d'occupation, notre peuple demeure confiant en lui et gardera espoir sachant que, pour défendre ses idéaux de liberté et d'indépendance, il compte avant tout sur ses propres forces. En réponse à une question d'un journaliste sur les mesures de confiance mises en place par l'ONU , M. Sidati a indiqué que le Maroc a essayé de marteler pendant de longues années que les Sahraouis étaient séquestrés à Tindouf, ce qui vient d'être mis à nu lors de ces visites qui dévoilent au grand jour la stratégie mensongère marocaine.
Pour sa part, Mme Christiane Perregaux a insisté dans son exposé sur la société civile et la solidarité suisse dans la résolution du conflit sahraoui. L'un de nos rôle, a-t-elle souligné, est de percer le mur du silence, de faire connaître ce conflit et d'impliquer davantage les Etats pour un soutien plus consistant aux réfugiés sahraouis.
Nous devons, a-t-elle expliqué, être l'interface entre, d'une part les territoires occupés et les campements de réfugiés, et d'autre part l'Europe dont l'implication pour résoudre ce long et douloureux conflit est primordiale. En abordant le volet des droits de l'homme, Mme Perregaux s'est dit offusquée par le fait que les autorités marocaines se soient retranchées derrière un refus catégorique et insensé de laisser 13 défenseurs sahraouis participer à une conférence sur les disparus à Genève et ce, malgré l'intervention de plusieurs pays dont la Suisse, la Norvège et la Suède.
L'intervention d'Ines Miranda Navarro a été axée, quant à elle sur la persistance des violations des droits de l'homme dans les territoires sous occupation marocaine et sur la situation très difficile des défenseurs des droits de l'homme. (compte-rendu corresp.)