LES DEBATS, hebdomadaire, Alger
A paraître dans le No 130 Semaine du 12 au 18 mai 2004,

Deux interviews:

1. Mohamed Islem Beïssat, ambassadeur de la RASD à Alger

2. Mohamed Khodja de l'Institut des sciences politiques de la Faculté d'Alger

 

La question de décolonisation du Sahara occidental

En mai 1973, le mouvement de libération de la Saguia El-hamra et Rio de Oro (Sahara occidental) est né. Le 20 mai de cette année, le Front Polisario déclenche la lutte armée, pour libérer le territoire, alors colonisé par l'Espagne. Une année plus tard, Madrid promet l'organisation du référendum du peuple sahraoui, au cours du premier semestre 1975. Mais, la guerre froide, les intérêts de l'OTAN de l'époque et les visées marocaines, ont fait fi du dossier, pourtant inscrit à l'ONU sur la liste des pays à décoloniser. En octobre 1975, au lieu de fêter leur indépendance, les Sahraouis sont envahis par l'armée marocaine. Les bombardements de l'aviation contraignent une partie d'entre eux à s'exiler dans des pays limitrophes. Dix ans plus tard, le Maroc érige des murs de sable protégés par des mines, pour signifier son occupation définitive du territoire. Il engage ensuite une bataille autour des critères d'identification du corps électoral, après avoir accepté le plan de règlement de l'ONU (1990/1991) et l'arrêt du cessez-le-feu (1992). Son objectif est doublement atteint : régner en maître sur le territoire du Sahara occidental et retarder le plus possible la date du référendum…

Le 30 avril dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU décide, pour la énième fois, de prolonger le mandat de la Minurso &endash; qui était censée organiser la consultation du peuple sahraoui dès janvier 1992. La raison est vite trouvée : le Maroc rejette le plan Baker, pourtant adopté à l'unanimité par le même Conseil. Ce dernier invite alors les deux parties à coopérer avec les représentants des Nations unies, pour la mise en œuvre de plan.

C'est l'occasion pour Paris d'appeler à un sommet des quatre, réunissant la France, l'Espagne, le Maroc et l'Algérie, pour chercher des solutions au problème sahraoui, mais sans les Sahraouis ! Alger rejette l'initiative et réaffirme son soutien au droit du peuple sahraoui à l'autodétermination et à l'indépendance. Madrid, qui vient d'accueillir les socialistes au gouvernement, n'est pas vraiment prête à jouer le grand écart, après avoir appuyé le droit à l'autodétermination du peuple de son ancienne colonie. Elle affiche alors son adhésion au plan Baker…

Mai 1973-mai 2004. Trente-et-une années sont déjà passées, sans que les souffrances des Sahraouis soient atténuées. Sans que les Sahraouis cèdent d'un iota sur leurs revendications nationales.

Z'hor Chérief

 

Interview : L'ambassadeur sahraoui à Alger se confie aux Débats

" La porte de la recherche d'une solution juste est ouverte "

 

Les Débats : Son Excellence, le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé dernièrement de proroger le mandat de la Minurso de six mois. Quelles seront les conséquences de cette prolongation sur les Marocains et les Sahraouis?

Mohammed Islem Beïssat : Il est clair que toute prolongation du mandat de la Mission des Nations unies pour un référendum au Sahara occidental multiplie les souffrances des Sahraouis. Par conséquent, elle ne peut être bénéfique que pour les Marocains, qui continuent à occuper illégalement le territoire sahraoui. Je pense que, quelques soient les conséquences de cette prolongation sur les deux parties en conflit, la décision du Conseil de sécurité signifie que la porte de la recherche d'une solution juste et équitable, qui prenne en considération la volonté de notre peuple à l'autodétermination, dans le cadre du respect de la légalité internationale, est de nouveau ouverte. Donc, il faut saisir cette opportunité au profit de la paix et la stabilité dans la région. Cette nouvelle prolongation provoquerait, sans doute, l'isolement du Maroc, sur le plan international. Ce qui mènerait forcément ce pays à une confrontation avec la communauté internationale, parce qu'il est la partie qui bloque l'application du Plan de paix. Mais, il n'est pas à exclure que cette nouvelle prolongation redouble les préoccupations à l'intérieur même du Maroc, ses mauvaises répercussions sur son économie fragile.
L'ONU continue de mettre les deux parties en conflit, le Front Polisario et le Maroc, sur le même pied d'égalité, en les invitant à coopérer pour la réussite du plan Baker. Est-ce un bon signe pour la partie sahraouie et pour le mouvement de décolonisation?
Je voudrais d'abord souligner que nul n'est censé ignorer le degré de coopération du Front Polisario avec l'ONU. Durant toutes ces années écoulées, nous avons travaillé avec les Nations unies, pour une application stricte du Plan de règlement. Seulement, le Maroc n'a pas exprimé de volonté politique, pour mettre un terme au conflit. Bien au contraire, il a choisi le chemin inverse et persiste dans son refus de se conformer à la volonté internationale, en dressant plusieurs obstacles, pour freiner toutes les approches pacifiques. Le bon signe pour nous les Sahraouis, qui demeurons attachés à nos droits légitimes, y compris le droit à la décolonisation de notre territoire toujours sous domination marocaine, réside dans la fermeté de l'ONU vis-à-vis du régime du Maroc. Je parle d'un bon signe, en comparant l'attitude présente de l'ONU avec son attitude passée, héritée de l'époque de Boutros Ghali, qui consistait à fermer les yeux sur la position intransigeante du Maroc. Mais, nous avancerons mieux si on appelle les choses par leurs noms. La question qui se pose encore est la suivante : à qui doit-on demander une telle coopération, si on n'a pas suffisamment de volonté pour ramener la partie qui bloque à accepter et appliquer toutes les décisions et les résolutions, prises à l'unanimité par le Conseil de sécurité ?

Comment expliquez-vous l'impuissance de l'organisation des Nations unies ?

Je pense que l'incapacité de L'ONU est due au fait qu'elle n'a pas pris au sérieux, dès le début, les appels dénonçant les manœuvres et agissements marocaine. Dès 1992, tout était clair. Nous avons manifesté, en tant que partie en conflit, notre inquiétude face à la partie marocaine, qui recherchait le blocage du Plan de paix. Le Maroc a compté et compte toujours sur l'appui de ses amis, qui siègent au Conseil de sécurité. Ces pays membres veillent à ce que toute solution qui gêne le Maroc échoue. Et, c'est vraiment regrettable que les Nations unies adoptent des résolutions sur des questions importantes, sans avoir la volonté de les appliquer. Ceci met en cause, bien entendu, la crédibilité de l'organisation internationale. On a affaire non seulement à l'échec de l'ONU, mais aussi à celui du Maroc, qui a raté plusieurs opportunités, pour mettre fin à son occupation illégale du Sahara occidental.

Alors que le Maroc a opté pour la stratégie de "souveraineté territoriale", en rejetant l'idée même d'un référendum du peuple sahraoui, le Polisario et la RASD continuent à s'accrocher au plan Baker, en donnant l'impression de subir la situation. Pensez-vous que ce soit la meilleure démarche à entreprendre?

Comme vous savez, les responsables sahraouis ont toujours salué toutes les solutions, et j'insiste là-dessus, qui permettent à notre peuple d'exercer son droit à l'autodétermination. En d'autres termes, nous ne pouvons pas accepter les voies qui ne respectent pas ce droit, parce qu'il revient au peuple sahraoui et à lui seul de décider de son sort. Notre attachement au Plan de Paix pour l'autodétermination du peuple du Sahara occidental, qui est connu sous la dénomination de Plan Baker, émane de notre esprit pacifique et de notre volonté de coopérer avec la communauté internationale, dans le but de trouver une solution adéquate et définitive au conflit. Le Plan Baker ne répond pas, c'est vrai, à toutes nos aspirations. Mais, puisque ce Plan a été élaboré par une personnalité éminente, M. James Baker, et soutenu par tous les membres du Conseil de sécurité, les deux parties doivent donc s'engager sérieusement pour son application.

Des prolongations du mandat de la Minurso, des pressions sur les Sahraouis dans le domaine alimentaire et médiatique, une application des mesures de confiance obéissant au bon vouloir des Marocains... Ne craignez-vous pas le scénario palestinien ?

Face à l'entêtement marocain, l'ONU nous a habitués à des prolongations successives du mandat de la Minurso, et donc aux reports du référendum d'autodétermination. Mais, le peuple sahraoui a prouvé, au fil des années, qu'il a un but sacré, à savoir l'indépendance de son pays. Nous continuons donc notre combat, malgré les difficultés de l'exil et en dépit de toutes les pressions exercées sur nous. Pour ce qui est des mesures de confiance initiées par l'ONU, celles-ci ont donné lieu à des échanges de visites entre les familles sahraouies, séparées des deux côtés par le mur marocain. En plus de leur portée humaine, ces mesures de confiance ont démontré la profondeur des souffrances vécues par le peuple sahraoui, depuis plus d'un quart de siècle et ce, à cause de l'occupation marocaine.

Propos recueillis par Z'hor Chérief

 


Interview : Mohamed Khodja se livre aux Débats

 

" Est-ce que l'Algérie officielle est vraiment l'Algérie réelle ? "

 

Mohamed Khodja enseigne à l'institut des sciences politiques de la Faculté d'Alger. Il s'intéresse à la politique internationale, en particulier aux transformations des sociétés du Sud ou du Tiers-Monde. Dans l'entretien qui suit, l'enseignant nous parle des manipulations qui entourent le dossier de la Kabylie, de la question du Sahara occidental, des rapports de forces dans le nouveau monde en formation, du projet du " Grand Moyen-Orient " et de la place de l'Algérie, dans ce qu'on appelle communément " la mondialisation ".

Les Débats : M. Khodja, que pensez-vous de la visite éclair de Jacques Chirac, au lendemain de l'élection présidentielle en Algérie ?

Mohamed Khodja : A mon avis, la visite du président français à Alger est claire. Elle exprime au moins l'intérêt que porte une puissance occidentale, telle que la France, sur ce qui se passe en Algérie. N'oubliez pas que nous sommes dans l'ère de la mondialisation. Les changements interpellent donc tout le monde. Et là, il ne faut pas perdre de vue la lutte sans merci ou la lutte d'influence engagée par les Etats-Unis et la France, pour récupérer le Maghreb et la Méditerranée en général. Chacune de ces puissances a sa vision ; je ne dirai pas des visions opposées, mais plutôt des visions différentes. La visite de Chirac était, par ailleurs, prévisible, pour des raisons liées d'abord à l'économie, ensuite à la politique et à des visions géopolitiques. Tout ce qui se passe dans la rive sud de la Méditerranée et en Algérie intéresse la France. Les questions se rapportant à l'émigration, au terrorisme, à la stabilité économique ou à l'économie française tout court, font partie des préoccupations de la France.

La visite de Chirac n'a aucun lien avec l'évolution du dossier du Sahara occidental ?

A propos de ce dossier, la France ne partage pas, malheureusement, les positions de l'Algérie. Elle le dit clairement et à haute voix. Je pense que l'Algérie est plus proche des Etats-Unis sur ce dossier, qu'elle ne l'ait de la France. Cette dernière a des visées sur le Maroc qui, lui, est plus proche des Français que des Américains.

Croyez-vous que le conflit du Sahara occidental sert les puissances occidentales ? Si c'est le cas, pourquoi ?

Pour être plus terre-à-terre, je dirais qu'à travers la question du Sahara occidental, les grandes puissances du monde continuent à manipuler les pays, qui sont concernés directement ou indirectement par ce problème. Je pense surtout aux deux pays maghrébins, qui sont l'Algérie et le Maroc. La position de la France et la position des Etats-Unis ne reposent pas sur les droits historiques du peuple sahraoui. Elles ne dépendent ni de la position du Maroc ni de la position de l'Algérie. Elles sont liées aux intérêts de leurs pays.

Voyez-vous un dénouement proche du dossier sahraoui ?

Le dénouement du dossier du Sahara occidental dépendra d'abord du Maroc. Un, parce que le conflit oppose le Maroc à la RASD (République arabe sahraouie et démocratique, ndlr). Deux, parce que le dossier est un dossier de décolonisation et, donc, vous ne pouvez pas attendre un changement de position du côté sahraoui. C'est donc du côté marocain qu'il faut attendre une évolution. Pour cela, la question qui se pose est de savoir quelles sont les tendances lourdes, à la fois internes et externes, qui vont pousser le royaume du Maroc à changer de position.

L'ONU pèsera-t-elle dans le règlement d'un tel conflit ?

L'ONU est impuissante pour régler la majorité des conflits qui sont posés ! Il ne faut pas perdre de vue que l'organisation des Nations unies n'est que le reliquat de la seconde Guerre mondiale. Elle exprime un rapport de forces post seconde Guerre mondiale. C'est pourquoi les Américains ne donnent pas beaucoup d'importance à l'ONU ou alors ils utilisent cette organisation de manière sélective, pour des considérations liées à leurs intérêts. Les Américains pensent, et c'est la réalité, que le monde post-guerre froide a changé. Ils pensent qu'il y a donc une nouvelle réalité à prendre en compte… Nous sommes en train de vivre deux ordres internationaux à la fois.

C'est-à-dire ?

Je veux dire que nous sommes en train de passer dans une phase de transition, où les anciennes normes, tels que par exemple l'ONU, le Conseil de sécurité et la Banque mondiale, coexistent avec les nouvelles normes, comme la mondialisation, le droit d'ingérence, les droits de l'homme, etc. Le monde est en train de changer, sur les plans géopolitique et géostratégique. Il n'y a qu'à voir les quatre guerres engagées dans une seule décennie, par une seule puissance, à savoir les Etats-Unis. Depuis 1991 à ce jour, il y a eu quatre guerres dans des régions différentes. Cela vous donne une idée sur le rôle des Américains, dans l'usage de la force dans les relations internationales.

Quelle place réservez-vous à l'Algérie dans ce nouveau monde ?

La place de l'Algérie doit se vérifier au sens régional, car nous appartenons à la rive sud de la Méditerranée. Il faut examiner les facteurs qui donnent plus de poids à l'Algérie dans cette région. Il y a d'abord le facteur économique. Avec le processus de Barcelone, la tendance lourde est de faire de la Méditerranée une zone de libre-échange. C'est un grand problème pour l'Algérie. Et, la question qui se pose est la suivante : comment va s'organiser ce pays, sur le plan économique, pour répondre à cette donnée ? La deuxième des choses, c'est que l'Algérie est un pays pivot, c'est-à-dire que tout ce qui se passe chez ses voisins l'affecte, d'une manière ou d'une autre. Il y a redistribution, il y a remodelage de la carte Terrorisme.

Pourriez-vous expliciter davantage ?

Nous assistons maintenant à l'émergence du terrorisme sub-saharien. Cela nous affecte. On doit se concentrer sur ce chapitre. L'Algérie restera, dans la région méditerranéenne, un pays sur qui il faudra compter, pour la stabilité de cette région. L'Algérie fait, malheureusement, partie de ce que l'Europe appelle le cercle de la crise. Les stratèges européens pensent en effet que la région Sud, qui va du Maroc, jusqu'à l'ex-Union soviétique, en passant par l'Algérie, l'Egypte, le Moyen-Orient et le Pakistan, font partie de l'arc de la crise. L'Algérie doit se déterminer par rapport à cette carte et surtout remettre en cause cette vision alarmiste du Sud. Les responsables doivent arriver à convaincre que l'Algérie peut être un cercle de stabilité et non pas un cercle de crise.

Quels sont les autres facteurs qui donnent du poids à l'Algérie ?

Il y a le facteur géopolitique. Et là, je parle de l'accélération d'un regroupement régional, qui est le Maghreb. Devant une forteresse européenne, devant une Europe élargie, nous n'avons pas d'autres choix. Nous sommes obligés d'avoir une voie unique, pour mesurer l'échiquier. L'Algérie est un pays pivot ; elle peut, par son poids économique, politique et historique, accélérer les choses. Il y a certes le problème du Sahara occidental, mais il y a également l'équation suivante : le jour où le politique recule devant des réalités économiques, géopolitiques et géostratégiques, alors ce conflit ne sera plus un obstacle de taille, pour les pays du Maghreb, notamment pour l'Algérie et le Maroc, dans le développement du Maghreb arabe.

Selon vous, quel avenir pourrait avoir l'Algérie dans le projet du Grand Moyen-Orient ?

Ce projet américain a été avancé de façon rapide. Il y a eu ensuite un revirement à ce sujet. Le président Bush a laissé entendre, dans ses déclarations, qu'il voulait aller d'une manière progressive, graduelle. Mais, au-delà de ce projet, la question de fond qui se pose à nous est la suivante : l'Algérie est obligée d'avancer dans le processus de démocratisation politique. Nous ne pouvons pas échapper à une telle réalité. Parce que le mode de gestion, la montée des revendications et la position géopolitiques de l'Algérie, font en sorte que l'Algérie n'a pas d'avenir, sans la démocratisation de sa société.

Mais qu'en est-il réellement du projet américain et de son impact sur l'Algérie ?

Le projet du Grand Moyen-Orient est d'abord d'un projet qui interpelle les sociétés et les pays du Moyen-Orient. Ce projet nous lie à cet espace géographique, mais l'Algérie n'est pas touchée de la même manière que les pays du Moyen-Orient ou les régimes monarchiques ou encore les pays dont la société connaît une évolution moins rapide que la société algérienne, comme l'Egypte, la Jordanie et la Syrie… Par conséquent, le projet américain n'affecte pas ou ne représente pas une contrainte pour l'Algérie, plus exactement pour le système politique algérien.

Pourquoi ?

Le projet américain ne nous affecte pas vraiment, parce que le système algérien, par la force des choses, est en voie de démocratisation. Ce qui n'est pas le cas de la quasi totalité des systèmes politiques du Moyen-Orient. Je veux dire surtout que même si ce projet n'a pas le même impact pour l'Algérie, il nous affecte dans la mesure où il faut aller dans le sens de la démocratisation. Et, parce que le libéralisme économique et le libéralisme politique représentent l'une des caractéristiques de la mondialisation actuelle. C'est là une réalité à prendre en considération sérieusement.

M. Khodja, des analystes assurent que le problème de la Kabylie pourrait affecter les intérêts de l'Algérie, si son règlement tarde à se manifester. Partagez-vous cet avis ?

Je dirai d'abord que le problème de la Kabylie est le résultat direct d'un mode de gestion, qui refuse que la société algérienne évolue d'une manière naturelle. Le pouvoir a voulu manipuler les forces politiques et sociales de l'Algérie. Il a manipulé dans la sphère religieuse et dans le régionalisme. C'était donc tout à fait normal qu'il y ait ce mode d'expression, c'est-à-dire les arouchs et même les zaouïas, comme réponse. Comme tout le monde le sait, les arouchs et les zaouïas sont d'anciennes structures de la société,. Je pense, concernant les événements de Kabylie, qu'il faut examiner les causes qui ont provoqué ce genre de réaction dans cette région du pays. Je voudrais juste noter au passage que plus de 186 minorités existent dans le monde… . Mais, je ne pense pas que les Kabyles sont une minorité.

Vous n'avez toujours pas répondu à ma question…

Les problèmes posés par la région de Kabylie peuvent porter atteinte aux intérêts de l'Algérie, dans le cas où ils seront instrumentalisés par des puissances régionales ou étrangères en général. Un tel processus pourrait se produire, dans le cas où il y a échec et volonté de pousser au pourrissement. En d'autres termes, si le président Bouteflika n'arrive pas à trouver les solutions qu'il faut, pour mettre un terme à ces problèmes, à ce moment-là, il y a la crainte de récupérer, d'utiliser et de manipuler ce dossier, pour fragiliser l'Algérie. Et, Dieu seul sait combien il y a des problèmes, où l'Algérie peut être fragilisée !

Revendiquer un statut officiel et national de la langue amazighe représente-t-il, selon vous, un danger pour l'unité du pays ?

Cette revendication ne date pas d'aujourd'hui. Mais, elle reflète à présent la méfiance des arouchs et de la population vis-à-vis du système politique algérien. Très sincèrement, je ne pense pas que c'est la revendication principale de la Kabylie. Vouloir officialiser une langue, renvoie à des mécanismes et à un travail en profondeur ; chose qui n'a pas été faite d'ailleurs pour la langue nationale. Tout le monde sait que la langue arabe est officielle dans la République algérienne. Pourtant, la moitié des ministres du gouvernement parle le français. La langue française est, dans les faits, la langue officielle de l'Algérie, la langue du travail, la langue de l'administration… Nous avons des diplomates qui ne maîtrisent pas la langue arabe et pourtant, ils s'expriment bien en français et en anglais. Cela nous renvoie à la question de fond : est-ce que l'Algérie officielle est vraiment l'Algérie réelle ?

Mais, pensez-vous que la réponse du président Bouteflika, concernant l'organisation d'un référendum, est la démarche idéale ?

On est en train de piéger la société algérienne. On est en train de créer une bipolarité, pour pousser les gens à choisir entre l'officialisation de Tamazight et son rejet. Je ne sais pas si c'est le pouvoir qui nous a concocté ce piège, pour nous pousser vers cette logique de bipolarité. Le vrai problème n'est pas là. Il est, comme je l'ai dit, lié au mode de gestion du pouvoir ou des institutions de la République en général. C'est l'échec du mode de gestion politique en Algérie. C'est la nature du système qui est posée avec acuité. On est donc appelé à remettre en cause la gestion régionale, locale et nationale du pays.

Propos recueillis par Z'hor Chérief

[ARSO]