SAHARA OCCIDENTAL : LES ACCUSATIONS DE TRAVAUX FORCÉS DANS LES CAMPEMENTS SAHRAOUIS S'AVÈRENT FAUSSES

Traduction française par Martine de Froberville de l'article de Rainer Chr Hennig, directeur de la publication de Afrol News du 14.11.03, sous la rubrique " Sáhara Occidental " :
" Se demuestran falsas las acusaciones de trabajos forzados en los campamentos saharauis "

 

Afrol News, 14.11.2003 &endash; L'information sur l'utilisation systématique de mauvais traitements envers les prisonniers de guerre marocains dans les camps de réfugiés sahraouis a provoqué une réaction d'incrédulité quand elle a été lancée par l'organisation " France Libertés " cet été. Afrol News peut maintenant révéler que plusieurs des principales accusations parues dans le rapport étaient fausses.

Selon le rapport de France Libertés, les prisonniers de guerre marocains sont " l'unique main d'œuvre " dans les camps de réfugiés sahraouis. Il en conclut que " tous les projets financés par les donateurs, institutions ou ONG, utilisent par conséquent une main d'œuvre illégale ". Le rapport mentionnait en fait l'organisation Oxfam, dont était dénoncé le recours au travail forcé de prisonniers de guerre marocains dans la construction d'hôpitaux.

Une investigation sur ce sujet, toutefois, démontre que ces allégations sont fausses. " Oxfam n'a été aucunement impliquée dans la construction des hôpitaux de Rabouni ou de Tifariti ", selon les déclarations à Afrol News d'un porte-parole d'Oxfam qui a souhaité conserver l'anonymat.

L'organisation, basée au Royaume-Uni, a été surprise en prenant connaissance des accusations alléguées par France Libertés. A la suite d'une demande d'information présentée par Afrol News, l'organisation a ordonné une enquête exhaustive afin de découvrir si les prisonniers de guerre avaient été utilisés pour effectuer des travaux forcés dans les campements de réfugiés en territoire algérien, sous contrôle du mouvement indépendantiste, le Front Polisario.

Deux branches de Oxfam sont intervenues dans ces campements : Oxfam Royaume-Uni et Oxfam Solidarité. Les investigations internes ont conduit à la conclusion que ces deux branches n'avaient aucun argument qui réponde aux accusations du rapport France Libertés : Oxfam n'avait pas été impliquée dans la construction d'hôpitaux mentionnée dans le rapport. 

De plus, Oxfam Solidarité ne fut, en aucune façon, impliquée dans des travaux de construction dans les campements, ainsi que l'établit l'enquête après examen de ses rapports d'activités et entretien avec son personnel.

Par ailleurs, Oxfam Royaume-Uni, fut impliquée dans plusieurs projets relatifs à l'approvisionnement en eau, comprenant équipement de forage dans le campement de El Aaiun, travail de percement de puits dans le campement de Dakhla et exploration des ressources aquifères autour de Tifariti, comme a pu l'apprendre Afrol News.

En conclusion, cependant, il fut précisé qu'" à aucun moment " les prisonniers de guerre marocains avaient été impliqués dans le travail de Oxfam. A la question de Afrol News sur la possibilité pour l'organisation d'en avoir l'absolue certitude, Oxfam a fait référence aux informations provenant du personnel local qui avait participé au recrutement des ouvriers destinés aux travaux de construction.

Les représentants locaux de Oxfam n'avaient pas recruté de personnel via le Polisario &endash;comme cela est indiqué dans le rapport de France Libertés, tout en précisant qu'il s'agit là d'une procédure normale de recrutement de main d'œuvre- mais par le biais de vieux Sahraouis qui avaient transmis l'offre à leurs parents plus jeunes. A la suite de quoi, les travailleurs ont offert leurs services à Oxfam.

Durant les chantiers sur les puits dans le campement de Dakhla, en outre, les personnels locaux de Oxfam rappellent que les travailleurs communiquaient avec eux en espagnol &endash;Le Sahara Occidental est une ancienne colonie espagnole- et non pas en français, langue utilisée par les Marocains. A la fin, il leur a été donné une rétribution appropriée. Par conséquent, le porte-parole de Oxfam ne pouvait trouver aucune justification aux allégations de France Libertés.

Précédemment et à d'autres occasions, le rapport de France Libertés &endash;élaboré par les deux enquêtrices expérimentées Afifa Karmous et Pauline Dubuisson- a également été critiqué pour ne pas avoir fourni de données correctes. De nombreux réfugiés sahraouis, qui vivent dans les campements, se sont sentis outragés par les affirmations présentes dans le rapport comme quoi tous les travaux dans les campements sont réalisés par des prisonniers marocains et nullement par les réfugiés. Beaucoup de réfugiés ont rappelé récemment les durs travaux réalisés par eux-mêmes, pour plusieurs d'entre eux sans aucun avantage économique, sous forme du volontariat.

Le Polisario, à son tour, s'est montré stupéfait par les accusations concernant l'utilisation des prisonniers marocains dans la construction de " tous les édifices " qui existent à Rabouni, les bases militaires et dans les campements de réfugiés. C'est " exagéré ", affirme le mouvement de libération. " Toute la population de réfugiés et surtout les femmes " ont participé aux durs travaux de construction depuis l'installation des campements en 1976.

Le rapport de France Libertés se fondait sur des entretiens individuels avec 338 prisonniers marocains et des entretiens de groupes avec 700 autres, réalisés par les deux enquêtrices en à peine deux semaines, alors qu'elles sillonnaient une contrée immense aux infrastructures très rudimentaires. Elles n'ont entendu que les dires des prisonniers dans ce qu'elles ont dénommé une " enquête internationale ". Ces éléments ont conduit dès le départ de nombreux sceptiques à s'interroger sur la base méthodologique de tout le rapport.

En fait, la lecture du rapport a un impact d'autant plus grand qu'il provient d'une organisation qui a toujours défendu le peuple sahraoui et sa quête d'indépendance. Les prisonniers marocains déclarèrent à Karmous et Dubuisson que les tortures, les mauvais traitements, la malnutrition et les travaux forcés ont été une réalité pour eux depuis leur capture dans les années 70.

" Tous les prisonniers " ont subi des tortures terribles &endash;de la part du Polisario et également du personnel militaire algérien- durant leur détention. Les exécutions, la torture et les mauvais traitements se sont poursuivis jusqu'à aujourd'hui, concluait le rapport. " Jusqu'en 1998, deux à trois détenus étaient enterrés chaque nuit ", rapportait France Libertés concernant les conséquences des tortures et des mauvais traitements.

Cette conclusion invraisemblable et d'autres négligences dans le rapport ont eu pour réponse le démenti officiel, de la part du Front Polisario, du contenu du rapport. Ainsi que l'a souligné le Polisario, le rapport avait allégué qu'" entre la fin de 1975 (commencement du conflit) et 1998, ce sont 17 000 à 25 000 prisonniers qui seraient morts " dans ces conditions, alors que le nombre total des prisonniers de guerre marocains capturés par le Front Polisario " durant toute la guerre n'a jamais dépassé les 2 300 ".

Alors même que les tortures et exécutions systématiques constituaient l'accusation la plus grave du rapport français, il a été accordé une grande importance au prétendu recours au travail forcé, de la part du Polisario et d'organisations internationales. Les accusations portant sur le recours au travail forcé ont été liées à des malversations concernant l'aide d'organisations humanitaires étrangères. Ce " détournement " de l'aide humanitaire avait, lui aussi, été révélé sur la base d'entretiens avec une seule source d'information : les prisonniers de guerre marocains.

Ce dossier fut dès lors pris comme prétexte à la conclusion du groupe : France Libertés devait " arrêter immédiatement son aide dans des projets de développement " dans les campements, et le groupe français a incité les autres organisations internationales à suivre son exemple. D'autres organisations &endash;qui ne désirent pas être nommées- sont entrées en contact avec Afrol News, en assurant néanmoins qu'elles ne souscrivaient pas à la situation décrite dans le rapport de France Libertés et qu'elles n'avaient aucunement l'intention d'abandonner les campements sahraouis.

Le rapport de France Libertés, cependant, a établi que les quelque 700 prisonniers entrevus par le groupe souffraient en permanence des séquelles de leur détention extrêmement longue. L'amertume généralisée et les signes de maladies physiques et psychiques -observés par France Libertés- ont fourni l'opportunité de rappeler la nécessité de libérer les prisonniers, maintenus dans cette situation en dépit des diverses résolutions approuvées par le conseil de sécurité de l'ONU qui demandent leur libération immédiate.

 

Merci à Afrol News pour l'autorisation de publication.


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